Udinese-Watford, interview avec Jean-Alain Fanchone : « c’est du business »

By |2018-11-26T19:44:30+00:0026 novembre 2018|Interview|0 Comments

Comment arrivez-vous à l’Udinese en fin d’année 2011 ?

Après le dépôt de bilan de Strasbourg, je me suis retrouvé sans club. Un agent m’a appelé en me disant qu’il pouvait m’avoir un essai à l’Udinese. Au début j’y croyais pas trop. Finalement je fais un essai d’une semaine là-bas. Ça s’est bien passé et après ils m’ont dit qu’ils voulaient me faire signer.

Vous ne restez finalement que six mois dans le Frioul…

Quand j’ai signé là-bas, ils voulaient directement me prêter, mais moi je venais juste d’arriver et je ne voulais pas me faire prêter. Je leur ai dit que je préférais rester à Udine, découvrir leurs principes de jeu comme j’arrivais dans un nouveau pays, voir ce qu’ils attendaient d’un latéral gauche. Je suis resté 6 mois. J’ai juste fait deux fois le groupe mais pas de match.

Quand on arrive dans un groupe avec 17 nationalités différentes, comment peut-on réussir à souder une équipe ?

Quand j’y étais, le vestiaire était bon vivant. Tout le monde essayait de parler avec tout le monde, dans des langues différentes, c’était vraiment une bonne ambiance, il n’y avait pas de difficultés particulières. Il y avait plusieurs francophones comme Mehdi Benatia, Abdoul Sissoko, Gelson Fernandes, eux et les autres essayaient de mettre bien les nouveaux.

> Le sujet sur l’Udinese est à écouter dans l’épisode 17 du podcast Calcio e pepe <

Par contre, le prêt est inévitable six mois plus tard.

C’était prévu que je me fasse prêter la saison suivante. Ils voulaient d’abord me prêter à Grenade, car ça appartenait aussi au même président. Le latéral gauche de Grenade (Guilherme Siqueira, ndlr) devait signer à Valence mais ça ne s’est finalement pas fait. Ils m’ont dit clairement que cette année là, ça ne servait à rien que je reste car je n’allais pas jouer. Le truc, c’est qu’ils avaient pas mal de joueurs, qu’ils essayaient de placer un peu partout, où ils pouvaient. Moi, ils m’ont dit du coup de signer à Watford et j’ai accepté directement.

« Il fallait que mon concurrent direct joue pour ensuite être transféré »

Vous faites donc partie des 10 joueurs de l’Udinese qui arrivent en prêt à Watford cet été-là (2012)…

La plupart des joueurs de l’Udinese s’est retrouvée à Watford. Là-bas c’était compliqué, parce que le mec à mon poste (Daniel Pudil, ndlr) était déjà de la galaxie Pozzo (Grenade) et était prêté à Watford. En gros, il était plus âgé que moi et il fallait qu’il joue pour ensuite être transféré.

Ça ne se joue donc pas que sur le sportif…

Honnêtement non, c’est plus un business. Moi, quand j’y étais, ils ont pris pas mal de joueurs un peu partout, pas très chers, avec le même type de contrat, pour les prêter, pour que les joueurs éclatent dans un club. Ceux qui réussissaient retournaient à l’Udinese pour jouer, les autres étaient vendus.

Et en Championship, comment se passe votre début de saison ?

Je m’entraîne mais je ne suis pas dans le groupe… puis le titulaire se blesse, je fais un match avec eux (contre Blackburn, ndlr). Le coach me prévient que vu que ça fait longtemps que je n’ai pas fait un match titulaire, je devais faire ce que je pouvais et s’il fallait ensuite que je sorte d’un point de vue physique, il n’y aurait pas de problèmes. J’ai fait 75 minutes. A la fin, le coach (Gianfranco Zola, ndlr) m’attrape, me dit qu’il est content de ma prestation, mais la semaine d’après je n’étais pas dans le groupe.

A 24 ans, vous voulez donc jouer et vous décidez de demander à casser votre prêt.

J’ai craqué parce que je voulais jouer, donc j’ai demandé à mon agent de trouver un autre prêt. Je voulais trouver un club pour jouer, c’était toujours mieux que de rester à Watford et ne servir à rien. Mon agent m’a trouvé Nîmes et j’ai donc signé à Nîmes.

Que peut-on retenir de vos deux passages à l’Udinese et Watford ?

Pour être honnête, quand j’étais à Udine, lors de mes premiers six mois, je me disais que je ne jouais pas parce que j’avais deux joueurs à mon poste qui étaient vraiment des bons joueurs (Armero et Pasquale, ndlr), mais à Watford, non. Le titulaire n’était pas meilleur que moi et mon passage à Watford était plus frustrant.

> Le sujet sur l’Udinese est à écouter dans l’épisode 17 du podcast Calcio e pepe <

Quand on vit cette situation au coeur de clubs orientés vers un trading infernal de joueurs, fait-on plus attention à la suite de sa carrière, et donc dans les choix des clubs ?

Oui carrément, surtout quand on voit qu’on a le niveau pour jouer et qu’on ne joue pas car quelqu’un est plus âgé et qu’il joue uniquement dans le but d’être mis sur le marché des transferts. Ce n’est donc pas les performances qui comptent, parce que le seul match que j’ai fait avec eux, ils m’ont dit que j’avais été très bon, qu’ils étaient contents de moi. Et le week-end suivant, pas de récompense, je n’étais même pas dans le groupe. Donc « ok », le titulaire revient, mais au moins me mettre dans le groupe pour ne pas que je lâche mentalement… Après on se dit que tu as beau faire de bons matches ou être bon à l’entraînement, tu ne joueras pas, donc c’est compliqué.

Vu qu’ils recrutent trop de joueurs, on se fait prêter un peu partout.

D’autres joueurs à Watford et l’Udinese ont vécu cette même logique économique…

Des joueurs étaient déçus mais après comme on dit, on prend aussi ce qu’on a, on était plusieurs dans la même situation à Watford vu qu’on était nombreux à arriver de l’Udinese en même temps. C’est quand même compliqué parce qu’on est contents de signer à l’Udinese à la base, pour connaître le championnat italien et finalement, vu qu’il y a trop de joueurs, on se fait prêter un peu partout.

Après votre passage à Nîmes où vous restez 18 mois en prêt, vous allez en Roumanie et quittez définitivement la galaxie Pozzo…

Avec le même agent, je rejoins le FC Petrolul Ploiesti, qui à l’époque avait une grosse équipe. Je suis parti là-bas notamment parce qu’il y avait les préliminaires de l’Europa League donc moi j’espérais goûter à ça… mais au 3e tour on se fait sortir par Zagreb donc après c’était juste les matches de championnat…

Et aujourd’hui, que devenez-vous ?

Je suis retourné en Alsace, près de ma famille, j’ai signé dans un club de CFA (National 2), histoire de continuer à jouer au foot. Je suis à Haguenau, ça se passe bien, on joue le maintien donc on essaye de les aider au mieux.

Propos recueillis par Johann Crochet

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